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Économie & Finance

AfCRA : l’Afrique lance sa propre agence de notation

L'Union africaine lance AfCRA à Maurice. Cette agence de notation veut couvrir les États, collectivités et entreprises, notamment les moins notés.

© Emmanuel Dabo / Wikimedia Commons, CC BY-SA 4.0

L’Union africaine a lancé le 7 octobre à Port-Louis, à Maurice, l’Africa Credit Rating Agency (AfCRA), sa propre agence de notation financière. Une première pour le continent, au terme d’un chantier ouvert en 2018 sous l’égide du Mécanisme africain d’évaluation par les pairs.

L’agence se présente comme indépendante, portée par le secteur privé et autofinancée : les États ne peuvent pas en détenir le capital. Elle notera les États, les collectivités, les entreprises et les institutions financières. Son mandat couvre d’abord les segments mal notés : 23 des 55 États membres de l’UA n’ont aujourd’hui aucune note des trois grandes agences mondiales, Fitch, Moody’s et S&P.

Le constat qui fonde l’initiative est chiffré. Le service annuel de la dette extérieure du continent est passé de 61 milliards de dollars en 2010 à 163 milliards en 2024, selon l’UA. La Commission économique pour l’Afrique estime à 75 milliards de dollars par an le surcoût d’intérêts lié aux primes de risque. Au sommet de l’UA en février 2025, le président kényan William Ruto a cité une étude du MAEP et du PNUD : un cran de notation gagné débloquerait 15,5 milliards de dollars de financements supplémentaires pour le continent.

L’AfCRA ne prétend pas remplacer les agences établies. Elle veut apporter une lecture enracinée dans les réalités africaines : données locales, expertise régionale, prise en compte des réformes. Le président de la Commission de l’UA, Mahmoud Ali Youssouf, a prévenu : l’agence devra préserver son indépendance pour gagner la confiance des investisseurs, et elle ne fera pas à elle seule baisser le coût du capital sans réformes plus larges.

Réserve : Fitch, Moody’s et S&P rejettent l’accusation de biais et défendent des méthodologies uniformes. Une enquête de Reuters publiée en 2024 n’a pas trouvé de preuve de biais systématique dans les notes souveraines africaines ; une étude présentée à Chatham House en juin a mesuré un écart défavorable d’environ un demi à un cran.

Le différend s’est envenimé cette année : Afreximbank a rompu avec Fitch le 23 janvier ; l’agence l’a dégradée sous le seuil d’investissement le 28 janvier avant de retirer ses notes.

Reste l’épreuve du marché. Les notations mondiales sont ancrées dans les mandats obligataires et les cadres réglementaires. L’AfCRA devra construire sa crédibilité méthodologie après méthodologie, cycle après cycle, et les investisseurs compareront ses notes aux prix de marché. Le lancement de Port-Louis est un acte politique fort ; la souveraineté financière se gagnera dans les tableurs.

À retenir

  1. 01L'UA a lancé le 7 octobre à Maurice l'AfCRA, agence indépendante et autofinancée, pour noter États, entreprises et institutions financières africaines.
  2. 02L'enjeu est chiffré : 163 milliards de dollars de service annuel de la dette en 2024, 75 milliards de surcoût d'intérêts estimé par la CEA.
  3. 03Les trois grandes agences rejettent tout biais ; la crédibilité de l'AfCRA se jouera sur ses méthodes et sa régularité.

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