La Tanzanie a inauguré le samedi 22 août la centrale hydroélectrique Julius Nyerere, sur le fleuve Rufiji. Avec 2 115 MW de capacité installée, l’ouvrage change l’équation électrique du pays; sa valeur dépendra de la capacité à acheminer cette énergie vers les mines, les usines et les marchés voisins.
DAR ES SALAAM. Ses neuf turbines de 235 MW font de Julius Nyerere le plus grand actif de production électrique du pays. Construit depuis 2019 pour environ 7 452 milliards de shillings tanzaniens, il consacre un basculement : la Tanzanie, longtemps confrontée aux délestages, affiche une capacité nationale d’environ 4 646 MW. Avant la cérémonie, le gouvernement évaluait la demande de pointe autour de 2 010 MW, soit une marge théorique de 2 636 MW, pas un volume exportable. Une capacité installée ne produit pas à pleine puissance en permanence, et l’électricité ne vaut que si le réseau la livre.
Selon le ministère de l’Énergie, Julius Nyerere a fourni 44,9 % de l’électricité injectée dans le réseau national sur l’année terminée le 31 mai 2026. Le ministre Deogratius Ndejembi l’a qualifiée d’« étape historique » vers un système énergétique fiable, selon le site officiel du ministère.
L’industrie avant l’exportation
La présidente Samia Suluhu Hassan a donné au projet une fonction explicitement économique. À l’inauguration, elle a dit attendre du barrage plus d’affaires, d’investissement et de production, des emplois, des revenus et du PIB en hausse, selon Reuters. Elle avait déjà associé Julius Nyerere à une « nouvelle économie minérale » fondée sur la transformation locale plutôt que sur l’exportation de matières premières brutes. Pour le secteur minier, le mécanisme est direct : une alimentation stable réduit les arrêts d’équipement, le recours aux génératrices diesel et l’incertitude sur les coûts, et peut rendre crédibles des investissements dans le raffinage, la fusion et la transformation intermédiaire.
Trois conditions décideront de la distribution réelle du gain : les lignes à haute tension doivent relier Rufiji aux bassins industriels et miniers; ensuite, les tarifs et les contrats doivent rester assez prévisibles pour justifier des équipements conçus sur plusieurs décennies. Enfin, l’État doit arbitrer entre consommation intérieure, électrification, nouveaux projets industriels et ventes régionales. Tant que ces choix ne sont pas traduits en capacités de transport et en contrats, le surplus demeure surtout comptable. Or l’électricité supplémentaire ne garantit pas que l’or, le graphite, le nickel et les terres rares du pays seront transformés localement.
Une vitrine égyptienne
Le chantier a aussi servi l’Égypte : il a été exécuté par une coentreprise d’Arab Contractors et d’Elsewedy Electric. En juillet, le président Abdel Fattah Al-Sissi a dit vouloir s’appuyer sur ce succès pour ouvrir d’autres projets en Tanzanie, selon la présidence égyptienne. Dar es Salaam gagne un actif financé, selon son gouvernement, sur ressources nationales; le Caire gagne une référence continentale pour son ingénierie, alors que la Tanzanie prépare des investissements dans les ports, le rail, l’énergie et la logistique.
Le risque que les mégawatts ne montrent pas
L’hydroélectricité reste exposée à la disponibilité de l’eau : 2 115 MW ne constituent pas une production ferme en toute saison. La concentration d’une grande part de l’approvisionnement national dans un seul ouvrage rend aussi la maintenance, la gestion du réservoir et les lignes d’évacuation critiques. En 2026, le Comité du patrimoine mondial de l’UNESCO a exprimé sa plus vive inquiétude face aux effets cumulés et irréversibles du projet sur la réserve de Selous, maintenu le site sur la Liste du patrimoine mondial en péril et demandé une mission conjointe UNESCO-UICN. Le gouvernement tanzanien répond que les mesures d’atténuation et la régulation des crues contribueront aux objectifs de conservation et de développement.
Pour les investisseurs miniers, notamment canadiens, le signal n’est donc pas « davantage d’électricité » : la variable décisive sera la conversion des mégawatts en alimentation garantie sur les sites, à un tarif bancable. Les prochains indicateurs : nouvelles lignes mises sous tension, contrats industriels conclus et part de la production absorbée par la transformation minérale. Julius Nyerere a supprimé un plafond énergétique; reste à démontrer que la Tanzanie peut transformer cette capacité en avantage industriel durable.



