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Afrique centrale

Concentrés interdits, anodes autorisées : la fonderie d’Ivanhoe change la donne du cuivre congolais

Kinshasa interdit l'exportation des concentrés de cuivre et de cobalt. Ivanhoe, qui a mis en service la plus grande fonderie d'Afrique à Kamoa-Kakula, exporte désormais du métal.

Ivanhoe Mines

Le 6 août 2026, Reuters annonce que la République démocratique du Congo interdit l’exportation des concentrés de cuivre et de cobalt. Le cuivre à trois mois progresse de 1,8 % au London Metal Exchange, à 14 369,50 dollars la tonne, son plus haut niveau depuis le record du 29 janvier 2026. Kinshasa vient de rappeler au monde une règle que le secteur connaît pourtant depuis des années.

Une interdiction déjà ancienne

Car l’interdiction n’est pas nouvelle. Le même jour, Ivanhoe Mines publie une mise au point : une interdiction d’exporter des concentrés non valorisés est en place et appliquée en RDC « depuis près de dix ans ». Depuis le démarrage de Kamoa-Kakula en 2021, le complexe a fonctionné sous « de nombreuses dérogations » pour ses concentrés de cuivre, désormais traités dans la fonderie du site ou à celle de Lualaba, à Kolwezi ; sa mine de Kipushi conserve une dérogation pour ses concentrés de zinc.

L’arrêté qui a mis le feu aux poudres date du 29 juin 2026 : signé par les ministres des Mines, du Commerce extérieur et de l’Économie, il interdit les exportations de concentrés avec effet immédiat, avec des dérogations d’un an pour circonstances dites « stratégiques » et un coefficient de valorisation de 55 % sur certains sous-produits. Kinshasa avait déjà dégainé cette arme en 2013, avant de multiplier les dérogations faute de capacités de fusion suffisantes.

Depuis l’arrêté du 4 août 2023, Kamoa Copper a obtenu des dérogations annuelles (octobre 2023, octobre 2024, puis le 18 octobre 2025, valable jusqu’au 17 octobre 2026). Ivanhoe avertit : le renouvellement « ne peut être garanti », et un refus aurait un effet défavorable sur sa situation financière.

La fonderie déjà en service

Le 29 décembre 2025, Ivanhoe a coulé ses premières anodes de cuivre à Kamoa-Kakula, marquant la mise en service de sa fonderie « direct-to-blister » de 500 000 tonnes par an, la plus grande d’Afrique, pour plus d’un milliard de dollars. Au deuxième trimestre 2026, 62 100 tonnes d’anodes produites : le complexe exporte désormais du métal, plus seulement de la poudre.

Une portée limitée, une application incertaine

Vue de Kinshasa, la mesure ne frappe qu’une frange du commerce : au premier trimestre 2026, le cuivre congolais est sorti très majoritairement sous forme de cathodes (696 725 tonnes) contre 53 926 tonnes de concentrés contenant 18 863 tonnes de cuivre métal. « L’interdiction ne devrait pas avoir d’effet sévère sur la plupart des opérateurs », estime Christian-Geraud Neema, analyste minier au China-Global South Project cité par Reuters. Kamoa-Kakula faisait figure d’exception : il exportait encore une partie de son concentré sous dérogation.

Reste la question de l’application : le ministre des Mines accordera-t-il largement ces dérogations d’un an, comme par le passé, ou s’en servira-t-il pour forcer les investissements dans la transformation locale ? Comme l’Indonésie avant elle, la RDC parie que la fermeté fera naître les investissements. Le nœud reste connu : le déficit électrique et le manque de capacités de fusion, qui avaient justifié les dérogations depuis 2013. À 14 000 dollars la tonne, l’incitation à construire sur place n’a jamais été aussi forte.

La transition vers le cuivre transformé

Au fond, la dérogation n’est plus une faveur négociée dans l’ombre : c’est une période de transition vers un modèle où le cuivre congolais quitte le pays transformé. Ivanhoe l’a compris avant l’arrêté : ceux qui ont investi dans la fusion locale sont désormais protégés par leurs propres usines, les autres négocient des délais.

À retenir

  1. 01L'interdiction d'exporter des concentrés de cuivre et de cobalt est en place en RDC depuis près de dix ans, avec des dérogations annuelles ; l'arrêté du 29 juin 2026 l'a réactivée avec effet immédiat.
  2. 02Ivanhoe a mis en service le 29 décembre 2025 la plus grande fonderie d'Afrique (500 000 tonnes par an) à Kamoa-Kakula : 62 100 tonnes d'anodes produites au deuxième trimestre 2026, le complexe exporte désormais du métal.
  3. 03La dérogation de Kamoa Copper expire le 17 octobre 2026 ; Ivanhoe avertit que son renouvellement « ne peut être garanti ».

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