Il lui reste environ cent jours de mandat. Le secrétaire général a donc parlé comme quelqu’un qui n’a plus rien à négocier pour lui-même. « Les fissures sont devenues des canyons », a-t-il lancé devant les délégations réunies pour l’ouverture de la 81e session.
Son discours s’est organisé autour de quatre « tests de pouvoir » : la guerre et la paix, les inégalités, le climat, l’intelligence artificielle. Mais le passage qui a le plus circulé sur le continent africain tient en quelques phrases. « Quand l’ONU a été créée, la plupart des pays africains vivaient encore sous le joug colonial », a rappelé António Guterres. « Un Conseil de sécurité du XXIe siècle sans représentation permanente de l’Afrique est injuste et indéfendable. Cela doit changer. »
Le constat n’est pas neuf. Ce qui change, c’est le moment.
Un veto que ses détenteurs commencent à encadrer
La veille, le ministère français des Affaires étrangères annonçait que le Royaume-Uni se ralliait à l’initiative lancée en 2015 par la France et le Mexique. Le texte demande aux cinq membres permanents de renoncer volontairement à leur veto en cas de génocide, de crimes contre l’humanité ou de crimes de guerre à grande échelle. Selon Paris, cité par l’agence Anadolu, 21 pays des Caraïbes, d’Amérique du Sud et d’Asie l’ont rejoint en quatre mois. Le total atteint 128 États.
Londres devient ainsi, avec Paris, le deuxième membre permanent à soutenir la démarche. La Chine, la Russie et les États-Unis restent en dehors.
Il faut mesurer la portée du geste. L’initiative ne modifie pas la Charte. Elle ne crée aucun siège. Elle repose sur la retenue volontaire. Elle montre pourtant qu’une partie du club des cinq accepte désormais de discuter publiquement de ses propres privilèges.
Le G4 ne croit plus au processus
Toujours le 22 septembre, les ministres des Affaires étrangères du Brésil, de l’Allemagne, de l’Inde et du Japon se sont réunis en marge de l’Assemblée. Leur déclaration commune est d’une franchise inhabituelle. Les négociations intergouvernementales sur la réforme du Conseil ont été « largement inefficaces » malgré dix-huit ans d’activité, écrivent-ils.
Le G4 salue le modèle de réforme présenté par le Groupe africain lors de la 80e session et soutient la demande africaine d’une représentation accrue, « y compris dans la catégorie des membres permanents ». Il réclame l’ouverture de négociations sur un texte, étape que le processus n’a jamais franchie.
La position africaine, elle, n’a pas bougé depuis le consensus d’Ezulwini : au moins deux sièges permanents avec toutes les prérogatives, droit de veto compris, et cinq sièges non permanents.
Une Afrique courtisée, mais inégalement présente
Le contraste n’a pas échappé à la presse du continent. Les présidents des trois premières économies africaines par PIB nominal ne sont pas à New York. Cyril Ramaphosa s’est vu conseiller le repos par son équipe médicale, selon la présidence sud-africaine, et c’est le ministre Ronald Lamola qui conduit la délégation. L’Égypte est représentée par son premier ministre, Moustafa Madbouly. Bola Tinubu se trouve en France pour des vacances privées, selon la présidence nigériane.
Ces absences ne changent rien au fond du dossier. Elles rappellent seulement qu’un siège se revendique aussi par la présence.
Où se situe Ottawa
Pour le corridor Canada-Afrique, la question est moins confortable qu’il n’y paraît. Le Canada appartient au groupe Unis pour le consensus, aux côtés notamment de l’Italie, du Mexique et du Pakistan. En 2024, ce groupe reconnaissait la nécessité de réparer « l’injustice historique » faite à l’Afrique, tout en défendant l’élargissement des seuls sièges non permanents, y compris des mandats plus longs, plutôt que la création de nouveaux sièges permanents.
Ottawa soutient donc une meilleure place pour l’Afrique, mais pas selon la formule que l’Union africaine réclame. Tant que cet écart restera dans l’ombre, il pèsera sur une relation que le gouvernement Carney veut par ailleurs approfondir.
Guterres quittera ses fonctions à la fin de l’année. Le dossier du siège africain, lui, restera sur la table de son successeur, avec une question simple : qui acceptera d’ouvrir enfin des négociations sur un texte ?


