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Politique & Gouvernance

Cuivre : Kinshasa interdit l’exportation des concentrés sous régime de dérogations

L’arrêté signé le 29 juin 2026 interdit l’exportation des concentrés de cuivre et de cobalt, tout en maintenant un régime de dérogations. Il ne constitue pas encore une victoire industrielle : l’essentiel du cuivre congolais quitte déjà le pays sous forme de cathodes. Mais il déplace le lieu où la décision se prend.

The Atlantic Post

L’arrêté signé le 29 juin 2026 interdit l’exportation des concentrés de cuivre et de cobalt, avec un régime de dérogations. Ce n’est pas encore une victoire industrielle, mais Kinshasa reprend la main sur la forme d’exportation de sa richesse minière.

Pas de triomphalisme : l’interdiction n’offre pas la maîtrise de la chaîne de valeur et ne bouleversera pas l’essentiel des exportations. Elle change le lieu où la décision se prend.

Trois ministres, une seule tonne

Signé par les ministres des Mines, du Commerce extérieur et par le vice-Premier ministre chargé de l’Économie, l’arrêté abroge le dispositif du 4 août 2023 et élargit le contrôle à la commercialisation, à l’exportation et à la nomenclature des produits miniers marchands.

Cette architecture compte : les Mines déterminent la nature du produit, le Commerce extérieur encadre sa sortie, l’Économie tranche sur la valeur à conserver. Principe déjà connu (interdictions en 2013, 2019 et 2023, puis dérogations) ; la nouveauté tient à l’intégration des trois portefeuilles et à l’extension aux sous-produits.

Contrôler la forme du produit

La question stratégique n’est plus combien de cuivre est produit, mais sous quelle forme il quitte le territoire : un concentré contient bien moins de métal qu’une cathode ou une anode, et la fusion, le raffinage et la récupération des sous-produits déplacent la valeur vers ceux qui maîtrisent ces étapes.

L’arrêté encadre aussi les substances en traces ou ultra-traces récupérables lors du raffinage, avec un coefficient de valorisation de 55 % et une transition de trois mois pour ce volet fiscal : un progrès institutionnel, pas encore une capacité industrielle.

Les chiffres imposent la retenue

Au premier trimestre 2026, la RDC a exporté 696 725 tonnes de cathodes de cuivre et 53 926 tonnes de concentrés contenant 18 863 tonnes de cuivre métal (données officielles reprises par Reuters), soit environ 2,6 % du cuivre exporté : l’essentiel quitte déjà le pays sous une forme plus élaborée.

L’impact physique immédiat sera donc probablement limité : l’objection la plus forte à la lecture volontariste, et elle est fondée. Elle ne rend pas l’arrêté inutile : il resserre les conditions applicables au segment encore exporté sous forme de concentré.

La dérogation sera le vrai test

Le ministre des Mines peut accorder des dérogations d’un an : une flexibilité nécessaire, car interdire sans capacité de fusion peut bloquer une production rentable et fragiliser les recettes. Mais systématique, la dérogation reproduira les limites des régimes précédents ; exceptionnelle et motivée, elle obligera chaque opérateur à justifier l’absence de transformation locale.

Kamoa-Kakula illustre cette tension : la coentreprise d’Ivanhoe Mines, Zijin Mining et de l’État congolais pourrait compter parmi les opérations les plus concernées, selon un analyste cité par Reuters, après plusieurs exemptions depuis 2021. Ivanhoe précise que ses concentrés sont fondus en RDC (fonderie du site ou Lualaba Copper Smelter de Kolwezi), à environ 60 % de sa capacité nominale annuelle de 500 000 tonnes au deuxième trimestre 2026.

Un signal de marché, pas une preuve industrielle

Après l’annonce du 6 août, le cuivre à trois mois sur le London Metal Exchange a progressé jusqu’à 14 369,50 dollars la tonne, son plus haut depuis six mois. Le marché a réagi à un risque réglementaire pris par le deuxième producteur mondial de cuivre minier et premier producteur de cobalt, et non à la disparition immédiate d’un volume équivalent de métal.

Publier les dérogations

La mesure a besoin d’un instrument de transparence : un registre trimestriel des dérogations (entreprise, produit, volume, durée, justification technique, engagements locaux). Son coût est administratif ; il est inférieur au coût d’un régime opaque, qui profiterait aux opérateurs les mieux connectés.

Le succès se mesurera : dérogations en baisse à mesure que les capacités locales augmentent, produits transformés en progression, investissements entrant en production. Un arrêté ne crée ni fonderie ni raffinerie ; il peut rendre leur construction économiquement nécessaire. La victoire dépendra du registre des dérogations et des usines qui suivront.

Sources

Arrêté de 2023, ministère des Mines de la RDC ; Reuters (via Kitco), 6 août 2026 ; Ivanhoe Mines, résultats du deuxième trimestre 2026 ; USGS, Congo-Kinshasa.

À retenir

  1. 01L’arrêté du 29 juin déplace le pouvoir de décision vers l’État congolais.
  2. 02Son impact immédiat reste limité : 2,6 % du cuivre exporté était contenu dans des concentrés au premier trimestre.
  3. 03Le vrai test sera la transparence et la diminution progressive des dérogations.

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