Le Canada a inauguré son ambassade à Cotonou le 5 août 2026, soixante-quatre ans après l’établissement de ses relations diplomatiques avec le Bénin. Derrière la cérémonie : 77,1 millions de dollars canadiens d’échanges en 2025, en hausse de 77 % sur un an, mais un flux profondément déséquilibré.
COTONOU. Anita Anand, ministre canadienne des Affaires étrangères, a présidé la cérémonie avec son homologue béninoise Corinne Amori Brunet. Jusqu’ici, Ottawa représentait ses intérêts depuis son ambassade au Burkina Faso et un bureau établi à Cotonou depuis 2016. Une ambassade résidente donne au Canada une capacité directe de dialogue politique, de veille économique et d’appui aux entreprises. « Le Canada est déterminé à travailler avec le Bénin et aujourd’hui nous donnons un nouvel élan à cette relation », a déclaré Anita Anand lors de l’inauguration.
Le commerce explique cet empressement. Les échanges de marchandises ont atteint 77,1 millions de dollars canadiens en 2025, contre 43,6 millions environ en 2024. Mais 71,1 millions sont des exportations canadiennes vers le Bénin, contre 6 millions d’importations. Ottawa vend surtout véhicules, pièces détachées et engrais; plus de 90 % de ses achats au Bénin sont des produits agricoles, halieutiques et alimentaires intermédiaires. Cotonou offre donc une croissance, pas encore une réciprocité. Les deux gouvernements ont retenu six secteurs : agro-industrie, formation, industries extractives, technologies numériques, énergies propres et finance durable.
Corinne Amori Brunet a placé cette ouverture sur le terrain économique. « Notre coopération s’enrichit. Elle se diversifie. Elle investit davantage dans l’économie, dans l’innovation, dans la sécurité, dans le développement humain », a déclaré la ministre béninoise. Le test sera mesurable : fournisseurs béninois, capitaux privés et projets exécutés, pas seulement une présence diplomatique plus visible.
Le port concentre la stratégie
Anita Anand s’est rendue au Port autonome de Cotonou, infrastructure centrale de la Vision 2060 du Bénin et débouché commercial des économies de l’intérieur. Le Canada participe à sa modernisation par un prêt d’environ 26 millions de dollars, via le Fonds Canada-Afrique pour le développement du climat, sur un projet global estimé à 316 millions. Ce financement vise l’adaptation climatique des infrastructures portuaires et doit élargir la participation économique des femmes. Pour Ottawa, le port relie diplomatie, climat et commerce; pour Cotonou, l’enjeu est de convertir ce financement en capacité logistique, en emplois et en recettes.
Sept projets, un dispositif sécuritaire
Le Canada a parallèlement annoncé environ 17 millions de dollars pour sept projets au Bénin et en Afrique de l’Ouest : 5 millions pour l’accès des entrepreneures béninoises de l’agroalimentaire et du tourisme aux outils numériques, aux marchés et au financement; 4 millions pour le leadership des femmes et des filles; près d’un million pour l’approvisionnement local durable des cantines scolaires; 1,5 million pour la réduction des inégalités dans l’énergie propre. Côté sécurité : 2 millions pour les munitions non explosées et la gestion des armes aux frontières, 500 000 dollars pour la gouvernance des frontières et 3 millions pour la coopération policière contre les réseaux criminels et le financement du terrorisme.
Un protocole d’entente sur les consultations politiques et diplomatiques formalise cette dimension régionale : dialogue régulier et coordination sur l’insécurité en Afrique de l’Ouest et la piraterie maritime. Le Bénin gagne un accès plus direct au dispositif canadien; Ottawa, un partenaire côtier stable au contact du golfe de Guinée et du Sahel.
Un rapport de force lisible
En 2024-2025, le Canada a versé 49,2 millions de dollars d’aide internationale au Bénin, dont 38,29 millions par Affaires mondiales Canada. Avec le prêt portuaire et les nouveaux projets, Ottawa dispose de plusieurs leviers : financement, expertise, sécurité et présence diplomatique permanente. Pour Cotonou, l’enjeu : employer cette ambassade comme accélérateur de ses exportations et de sa stratégie portuaire. Une hausse de 77 % impressionne; un déficit commercial de 65,1 millions de dollars rappelle qui capte aujourd’hui l’essentiel du flux.
Le prochain indicateur sera la composition des échanges en 2026 : si les importations béninoises restent à 6 millions de dollars, la nouvelle architecture aura surtout sécurisé un débouché canadien; si elles progressent, Cotonou aura transformé la diplomatie en accès au marché réel.



