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Des capitaux africains désormais tournés vers le Canada

Pour la première fois, un magnat africain vient à Ottawa pour parler d'investissement au Canada et non de commerce avec l'Afrique. La rencontre entre Aliko

Pour la première fois, un magnat africain vient à Ottawa pour parler d’investissement au Canada et non de commerce avec l’Afrique. La rencontre entre Aliko Dangote et le premier ministre Mark Carney le 7 août 2026 signale un renversement de sens sur le corridor Afrique-Canada.

Le président de Dangote Industries s’est rendu au bureau du premier ministre canadien à Ottawa pour discuter de partenariats d’investissement. Selon le communiqué du groupe publié le 7 août 2026, l’ordre du jour portait expressément sur les opportunités d’expansion des investissements à l’intérieur du Canada et sur la manière dont Dangote, avec d’autres investisseurs africains, pourrait contribuer à la croissance économique canadienne. Les deux hommes ont également échangé sur la Stratégie africaine du Canada lancée en 2025 et sur l’importance de renforcer les flux commerciaux et d’investissement à double sens.

Le contexte n’est pas anodin. La visite s’inscrit dans une séquence où Ottawa multiplie les signaux vers le continent depuis le lancement de sa première Stratégie africaine en 2025, marquée par cinq piliers alignés sur l’Agenda 2063 de l’Union africaine. Elle a été précédée de quelques jours par l’appel de Mark Carney au président sud-africain Cyril Ramaphosa le 27 juin 2026, consacré au commerce, à l’énergie et à l’agroalimentaire, avec une délégation sud-africaine attendue en Saskatchewan. La rencontre avec Dangote prolonge ce mouvement, mais avec une inflexion nouvelle : elle place le secteur privé africain au centre, non plus comme fournisseur ou client, mais comme investisseur.

Un corridor longtemps à sens unique

Le sens du flux change. Historiquement, le corridor Afrique-Canada fonctionnait dans un seul sens : les exportations canadiennes vers le continent, la diplomatie, l’aide au développement et l’extraction minière. Aujourd’hui, moins de 1 % des exportations canadiennes vont vers l’Afrique, rappelle l’organisation ONE dans son bilan de mise en œuvre de la stratégie publié en mars 2026. L’inverse se dessine : des capitaux africains prêts à entrer dans l’économie canadienne. C’est un indicateur que la relation mûrit et cesse d’être une relation de dépendance.

Le contexte est celui d’une diversification contrainte. Le gouvernement Carney s’est fixé l’objectif de doubler le commerce hors des États-Unis sur dix ans, dans un climat de tensions commerciales avec Washington. La rencontre du 7 août inscrit l’Afrique comme une source possible de capitaux, et non plus seulement comme un marché pour les produits canadiens. ONE estime qu’un potentiel de doubler les exportations canadiennes vers l’Afrique à environ 13 milliards de dollars d’ici 2035 existe, et de faire grimper les importations à environ 20,9 milliards de dollars sur la même période.

Un magnat du secteur privé africain comme interlocuteur

Le choix de l’interlocuteur est significatif. Aliko Dangote, premier homme d’affaires du continent avec ses activités dans le ciment, le pétrole et l’agro-industrie, incarne l’Afrique industrielle qui investit à l’étranger. Sa visite au Canada survient alors que son groupe a achevé la construction de sa raffinerie géante de pétrole à Lekki, au Nigeria, un projet conçu pour réduire la dépendance énergétique du pays. Selon le communiqué, Dangote a insisté sur le potentiel de collaboration entre entreprises africaines et canadiennes pour créer des emplois, stimuler l’innovation et le développement industriel dans les deux pays.

La rencontre intervient à un moment charnière du calendrier. Le Canada Africa Business Forum, organisé sous le thème « Diversify For Resilience », est prévu à Ottawa les 15 et 16 octobre 2026, selon l’agenda publié le 31 juillet 2026. Ce forum, à vocation structurante, vise à rassembler investisseurs, entreprises et institutions des deux côtés de l’Atlantique. La visite de Dangote peut être lue comme un avant-goût de ce rendez-vous et comme un signe qu’Ottawa veut attirer le capital africain, et non plus seulement vendre à l’Afrique.

Le mouvement diplomatique va dans le même sens. La tournée de la ministre des Affaires étrangères Anita Anand à Cotonou et à Abidjan les 4 au 6 août 2026, consacrée notamment à l’ouverture de la nouvelle ambassade du Canada au Bénin, et le prêt d’environ 65 millions de dollars de FinDev Canada accordé à la NSIA Banque Côte d’Ivoire, dessinent une diplomatie économique active. Le corridor se densifie des deux côtés : Ottawa ouvre des représentations en Afrique pour attirer des investisseurs, pendant que des capitaux africains se positionnent au Canada.

Ce qu’il faut retenir

Le schéma qui se dessine est celui d’une relation qui devient bilatérale. Démontrée, la rencontre du 7 août 2026 entre Dangote et Carney et l’engagement du groupe sur l’investissement au Canada. Démontrée, la volonté d’Ottawa de doubler le commerce hors des États-Unis, documentée dans la Stratégie africaine de 2025. Plausible, une montée en puissance des flux financiers africains vers l’Amérique du Nord, portée par le forum d’octobre. Spéculatif, en revanche, de chiffrer dès maintenant l’ampleur des montants que Dangote ou d’autres groupes africains pourraient injecter dans l’économie canadienne, aucun montant n’ayant été divulgué au terme de l’entretien.

La prudence commande de ne pas surinterpréter une visite. Toutefois, le signal est réel et il recompose l’angle du corridor : l’Afrique ne se limite plus à être une destination, elle devient une origine de capitaux. Pour le lecteur, l’indicateur à suivre est la capacité du forum d’octobre à transformer cette première rencontre en engagements chiffrés. C’est là que se jouera le passage du symbole à la réalité économique.

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