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Afrique de l'Ouest

Nigeria et Kenya : des fintechs choisissent Ottawa comme porte réglementaire

Nomba, fintech nigériane, a acquis une infrastructure de paiement réglementée au Canada en 2025 ; WapiPay, kényane, a fait de même en 2026. Ce n'est pas un

Le président kényan William Ruto.

Nomba, fintech nigériane, a acquis une infrastructure de paiement réglementée au Canada en 2025 ; WapiPay, kényane, a fait de même en 2026. Ce n’est pas un hasard de calendrier : depuis 2026, la Banque du Canada supervise directement les fournisseurs de services de paiement, un cadre plus lisible qui transforme le pays en tremplin réglementaire vers le corridor Amérique du Nord-Afrique.

Depuis 2026, la Banque du Canada supervise un éventail élargi d’activités de paiement en vertu de la Loi sur les paiements et les activités de paiement, exigeant des fournisseurs de services de paiement une gestion rigoureuse des risques opérationnels et de la protection des fonds des clients. Ce changement s’ajoute à l’enregistrement, déjà existant, comme entreprise de services monétaires auprès du Centre d’analyse des opérations et déclarations financières du Canada, CANAFE. Pour une fintech étrangère, l’un ou l’autre enregistrement, parfois les deux, devient un point de passage obligé pour opérer légalement sur le marché canadien.

Un cadre encore en construction

Le nouveau régime s’inscrit dans une refonte plus large de l’infrastructure financière canadienne. La banque ouverte entre en phase 1 en 2026, permettant aux consommateurs de partager leurs informations de compte avec des fournisseurs accrédités ; une phase 2, prévue mi-2027, doit étendre les rails aux paiements et aux transactions de financement intégré. Les acteurs du secteur s’attendent à ce que la consolidation simplifie l’accréditation et réduise la redondance entre régimes, un facteur susceptible d’accélérer l’arrivée d’autres fintechs africaines une fois la phase 2 en vigueur.

Deux exemples documentés, un mécanisme commun

Nomba, fondée au Nigeria, a finalisé au deuxième trimestre 2025 l’acquisition d’une infrastructure de paiement réglementée au Canada, lui permettant de connecter des flux en dollars canadiens à ses marchés africains. L’entreprise indique avoir traité 3,4 millions de dollars américains via cette infrastructure au seul mois de janvier 2026, un volume qu’elle présente comme croissant. Parallèlement, elle a lancé ses opérations en République démocratique du Congo en novembre 2025, après deux autorisations de la Banque centrale du Congo. WapiPay, kényane, a annoncé son implantation canadienne en juin 2026, en insistant sur le cadre réglementaire comme atout pour construire la prochaine génération de réseaux financiers mondiaux, combinant paiements fiduciaires et actifs numériques.

La réglementation comme produit

Pour une fintech visant le corridor Canada-Afrique, l’enregistrement canadien n’est pas qu’une formalité de conformité : c’est un accès direct aux systèmes de paiement canadiens, Paiements Canada et Interac, et un point d’ancrage crédible pour négocier des partenariats bancaires correspondants. Le corridor de transfert vers l’Afrique subsaharienne reste le plus coûteux au monde : envoyer 200 dollars y coûte en moyenne environ 7,7 % de la valeur transférée selon la Banque mondiale, bien au-dessus de la cible de 3 % fixée par les objectifs de développement durable de l’ONU.

Qui en profite, et à quel stade

Ce mécanisme profite d’abord aux fintechs elles-mêmes, qui gagnent en crédibilité et en accès aux rails de paiement. Il profite ensuite, en théorie, aux utilisateurs de la diaspora africaine au Canada et à leurs bénéficiaires en Afrique, via des coûts de transfert potentiellement réduits, bien qu’aucune source consultée ne documente encore de baisse mesurée. Le Canada en tire un bénéfice indirect : chaque enregistrement renforce Toronto et Montréal comme places réglementaires nord-américaines pour la fintech transfrontalière.

Ce que la simultanéité suggère

Que plusieurs fintechs aient choisi la même fenêtre pour s’enregistrer au Canada n’est pas nécessairement coordonné : c’est plus probablement une réponse indépendante à un même signal, la clarification du cadre réglementaire de 2026, que chacune interprète comme une fenêtre d’opportunité pour asseoir sa présence nord-américaine avant que la concurrence ne s’installe. Le Canada devient moins une destination de marché en soi qu’une porte d’entrée réglementaire vers l’ensemble du corridor. À l’inverse du marché des transferts, où des acteurs comme LemFi ou Pesa dominent sans enregistrement canadien formel, le choix de Nomba et WapiPay de s’ancrer réglementairement représente une stratégie plus institutionnelle, qui mise sur la crédibilité du cadre plutôt que sur la seule vitesse d’exécution.

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