Le 24 juillet 2026, à Toronto, le Canada et les Émirats arabes unis ont conclu les négociations d’un accord de partenariat économique global. Moins d’un an plus tôt, Ottawa avait signé avec Abu Dhabi un accord de protection des investissements. Avec l’Afrique, de nombreux partenaires n’ont reçu qu’un document de stratégie. Le contraste n’est pas idéologique : il est procédural. Et il dit beaucoup de la manière dont le Canada hiérarchise ses partenariats.
Le chapitre émirati est le plus tangible. En novembre 2025, le premier ministre Mark Carney a signé à Abu Dhabi un accord de promotion et de protection des investissements (FIPA) avec le président Cheikh Mohamed ben Zayed Al Nahyan, puis annoncé l’ouverture de négociations vers un accord de partenariat économique global (CEPA). Moins d’un an plus tard, le 24 juillet 2026, les ministres Maninder Sidhu et Thani bin Ahmed Al Zeyoudi ont salué, à Toronto, la conclusion réussie des négociations.
Les chiffres expliquent la célérité : le commerce bilatéral a atteint 4,2 milliards de dollars canadiens en 2025, en hausse de 21 %. Un CEPA vise à supprimer les droits de douane, réduire les formalités et élargir l’accès au marché. Les Émirats installent ainsi un cadre complet (protection des investissements, puis accord commercial) dans un délai record.
Face au Golfe, l’Afrique et son document
Le contraste avec l’Afrique est frappant. En mars 2025, les ministres Mélanie Joly, Mary Ng et Ahmed Hussen ont lancé la première Stratégie globale du Canada pour l’Afrique, un document intitulé « Un partenariat pour une prospérité et une sécurité partagées ». La démarche est réelle et porteuse : Ottawa y reconnaît la nécessité de diversifier son économie et de saisir les opportunités du continent, dans un contexte de volatilité mondiale et de tension avec son principal partenaire commercial.
Mais une stratégie est un document-cadre, pas un traité. Elle définit des priorités et des intentions. Elle ne crée pas de droits réciproques. Les accords conclus avec les Émirats (le FIPA puis le CEPA) sont des textes d’engagements concrets, négociés, signés, destinés à produire des effets mesurables. Le Golfe obtient des textes signés ; l’Afrique obtient une stratégie. Les deux ne jouent pas dans la même catégorie de la politique étrangère.
Ce que cela change
Le Canada a des intérêts dans les deux régions : flux financiers massifs avec le Golfe, présence de ses entreprises minières en Afrique, pays à risque souverain élevé. Or les accords en bonne et due forme protègent l’investisseur et l’État ; leur absence laisse une part du risque être gérée par les seules entreprises, ou arbitrée par d’autres puissances.
La première Stratégie africaine a fixé un cap : elle a désigné des secteurs prioritaires, annoncé des outils et affirmé une intention de diversification. La suite logique serait que des engagements formalisés suivent (accords d’investissement, partenariats commerciaux ciblés) avec les pays africains qui y sont prêts. Quelques pistes concrètes s’esquissent : la consolidation des échanges existants, la mobilisation de la diaspora, et la conclusion d’accords sectoriels dans les minerais critiques et l’énergie, où la demande canadienne et les ressources africaines se répondent.
La stratégie fournit la direction ; il lui manque encore la série de textes qui en feraient un levier comparable à celui déployé avec le Golfe. Le fait que la Stratégie africaine soit un document, là où les Émirats ont obtenu en un an deux accords signés ou conclus, n’est pas qu’une différence de calendrier : c’est une différence d’architecture. Dans la compétition pour les investissements, les instruments comptent : un cadre signé crée de la confiance, stabilise les conditions et réduit la prime de risque. La question n’est pas de savoir si les deux partenaires ont conscience de l’enjeu ; c’est de savoir quand les documents de stratégie céderont la place aux textes signés.
Sources : Global Affairs Canada (Stratégie Afrique 2025, Canada-ÉAU FIPA et CEPA), canada.ca (24 juillet 2026), pm.gc.ca (Carney à Abu Dhabi, novembre 2025), Gulf News.



