Le 13 août, la Zambie vote. Pour la première fois depuis son défaut souverain de 2020, le pays aborde une élection sans filet de sécurité extérieur : son programme avec le Fonds monétaire international s’est achevé en janvier 2026. Lusaka décide donc seule, et c’est précisément ce que les marchés et les créanciers regardent. Une élection qui ne se joue pas seulement dans les urnes, mais dans la lecture qu’en feront les investisseurs du cuivre.
Le point de départ est une sortie historique. La Zambie a achevé en janvier 2026 son programme de facilité élargie de crédit avec le FMI, après 38 mois et environ 1,7 milliard de dollars mobilisés pour soutenir la stabilisation budgétaire et les réformes structurelles. Ce programme avait ancré le pays après son défaut souverain de 2020, le premier d’un État africain pendant la pandémie de Covid-19. Le pays était devenu un symbole de la crise de la dette africaine ; il est désormais un test de la sortie de crise.
Cette sortie intervient au moment le plus délicat : celui d’une élection présidentielle dont l’enjeu économique est central. Le président sortant, Hakainde Hichilema, au pouvoir depuis 2021, brigue un second mandat face à Brian Mundubile, porté par une alliance de partis d’opposition. La campagne s’est resserrée après des sondages qui le donnaient d’abord largement en tête.
Le cuivre au cœur de l’enjeu
L’économie zambienne repose sur un pilier : le cuivre. Les prix élevés du métal et la restructuration de la dette ont aidé le pays à reconstruire, sous Hichilema, une croissance fragile après le défaut. Mais la question qui hante les campagnes reste la redistribution : de nombreux foyers zambiens décrivent encore un quotidien difficile, et l’opposition en fait son argument central.
L’investissement minier et l’énergie sont au cœur des débats. Les investisseurs scrutent notamment la capacité d’un éventuel second mandat de Hichilema à transformer le redressement macroéconomique en croissance créatrice d’emplois. La Zambie est l’un des principaux producteurs africains de cuivre, et le secteur attire les capitaux étrangers, canadiens compris, à un moment où la demande mondiale de métaux pour la transition énergétique s’accélère.
Ce que les créanciers regardent
Pour les créanciers, l’élection n’est pas un simple scrutin : c’est un test de continuité. La restructuration de la dette zambienne, l’une des plus complexes du continent, s’est étalée sur des années. Un changement de cap politique brutal pourrait remettre en cause les engagements pris, tandis qu’une continuité rassurerait sur la trajectoire de stabilisation engagée. Plusieurs pays du Comité officiel des créanciers, dont la Chine, premier créancier bilatéral de Lusaka, suivent de près l’issue du scrutin. Le rééchelonnement de la dette zambienne a mobilisé des négociations complexes entre créanciers officiels et privés, et sa réussite a servi de modèle, imparfait mais concret, pour d’autres États africains. Une remise en cause du cadre compromettrait cette référence.
Le corridor Canada-Zambie n’est pas indifférent à cet enjeu. Des entreprises canadiennes sont présentes dans le secteur minier zambien, attirées par le cuivre, ce métal stratégique pour la transition énergétique que le Canada convoite aussi sur son propre territoire. La stabilité politique de Lusaka conditionne en partie la sécurité de ces investissements et la crédibilité d’un approvisionnement régulier en cuivre.
Après la sortie du programme FMI, la Zambie doit prouver qu’elle peut tenir seule les équilibres macroéconomiques. La question n’est pas tant de savoir qui gagne que de savoir si, quel que soit le vainqueur, la discipline budgétaire et les engagements envers les créanciers tiendront. Le pays a montré qu’un État africain pouvait sortir d’un défaut et d’un programme de soutien. L’élection du 13 août dira s’il peut le faire de manière durable, sans le filet du Fonds monétaire international pour soutenir ses choix. D’un côté, un bilan de redressement crédible ; de l’autre, une population qui attend que la reprise se traduise dans ses revenus. C’est dans cet intervalle que se jouera, au-delà du scrutin, la confiance des créanciers et des investisseurs du cuivre.
Sources : FurtherAfrica, Kwacha News (Reuters/CNBC Africa), L’Opinion Plus, CNBC Africa, site officiel de la présidence zambienne (sh.gov.zm), Speyside Group.


