Aller au contenu

Le Canada cherche de nouveaux marchés

Grues et terminaux du port d’Halifax, infrastructure portuaire canadienne.

En 2025, les exportations canadiennes de marchandises vers les marchés autres que les États-Unis ont fortement progressé. L’Afrique a participé à cette hausse, mais elle ne représentait encore que 0,9 % des exportations canadiennes. Le continent a surtout gagné du terrain dans les véhicules, l’aéronautique et l’agroalimentaire, tandis que l’augmentation des importations canadiennes depuis l’Afrique a été largement portée par l’or et le cacao. Ces mouvements sont réels; ils ne démontrent pas encore une diversification structurelle ni un effet causal direct des tensions commerciales avec Washington.

Le recul de la dépendance commerciale canadienne envers les États-Unis doit être mesuré avec une méthode constante. Sur une base douanière, Affaires mondiales Canada estime que les États-Unis ont reçu 72,5 % des exportations canadiennes de marchandises en 2025. Sur une base de balance des paiements, Statistique Canada obtient 71,7 %. Les deux chiffres décrivent la même tendance générale, mais ils ne doivent pas être utilisés comme s’ils provenaient de la même série.

Statistique Canada calcule que les exportations vers les pays autres que les États-Unis ont augmenté de 27,6 milliards de dollars canadiens entre décembre 2024 et décembre 2025. Une fois retirés l’or, l’argent et les métaux du groupe du platine, la progression s’établit à 14,0 milliards. Cette correction est essentielle : l’envolée des métaux précieux a fortement gonflé les chiffres de diversification sans toujours correspondre à une multiplication des secteurs exportateurs.

Une relation Afrique–Canada record, mais encore petite

Selon l’analyse annuelle du Bureau de l’économiste en chef d’Affaires mondiales Canada, le commerce bilatéral de marchandises entre le Canada et l’Afrique a augmenté de 22,5 % en 2025 pour atteindre un record de 18,7 milliards de dollars canadiens. Il ne s’agit pas de dollars américains.

Les exportations canadiennes vers l’Afrique ont progressé de 18 %, soit environ 1,0 milliard de dollars, pour atteindre 6,9 milliards. Les importations canadiennes en provenance du continent ont augmenté de 25,3 %, soit environ 2,4 milliards, pour atteindre 11,9 milliards. L’Afrique a donc contribué à la diversification des flux, mais elle ne représentait que 0,9 % des exportations canadiennes et 1,5 % des importations.

Comparer le gain d’environ 1,0 milliard des exportations vers l’Afrique à la progression de 14,0 milliards des exportations hors États-Unis, métaux précieux exclus, donne un ordre de grandeur d’environ 7 %. Cette comparaison ne prouve toutefois pas que les droits de douane américains ont causé la hausse africaine : les séries reposent sur des périmètres statistiques différents et les échanges auraient pu progresser pour d’autres raisons.

Les exportations vers l’Afrique ne sont pas principalement une histoire d’or

La version précédente de cet article confondait les directions du commerce. Les achats d’or provenant d’Afrique du Sud et de Mauritanie sont des importations canadiennes, et non des exportations canadiennes vers l’Afrique.

La hausse des exportations canadiennes vers le continent a plutôt été menée par le Nigeria et l’Algérie. Les expéditions vers le Nigeria ont augmenté de 299 millions de dollars, ou 56 %, notamment dans les véhicules et l’aéronautique. Les exportations vers l’Algérie ont progressé de 228 millions, ou 16,4 %, principalement grâce à des volumes plus élevés de blé et de méteil.

L’or et le cacao dominent surtout la hausse des importations

Du côté des importations canadiennes, la concentration dans les matières premières est beaucoup plus nette. Les importations d’or depuis l’Afrique du Sud ont augmenté d’environ 1,0 milliard de dollars. Celles provenant de Mauritanie ont progressé de 325 millions. Les importations depuis la Côte d’Ivoire ont ajouté 261 millions, notamment sous l’effet du cacao.

Le commerce Canada–Ghana illustre également la nécessité de distinguer les deux directions. Les exportations canadiennes vers le Ghana ont augmenté de 34,7 % pour atteindre 427 millions de dollars, tandis que les importations depuis le Ghana ont bondi de 95,9 % pour atteindre 325 millions. Présenter l’ensemble comme une hausse uniforme de 56 % ou l’expliquer uniquement par le profil mondial des exportations ghanéennes masquerait cette différence.

Une progression commerciale n’est pas encore un corridor stratégique

Le record de 18,7 milliards de dollars constitue un signal positif. Il montre que la relation n’est pas immobile et que certains produits canadiens trouvent des débouchés supplémentaires en Afrique. Mais une seule année de croissance ne suffit pas à démontrer l’apparition de corridors durables.

Pour parler de diversification structurelle, il faudra observer plusieurs années de progression en volume, une augmentation du nombre d’entreprises actives, une plus grande variété de produits et de services, ainsi qu’une répartition moins concentrée entre quelques pays. Il faudra aussi publier séparément les biens, les services, les investissements et les contrats financés par les institutions publiques canadiennes.

La conclusion correcte n’est donc pas que l’Afrique serait restée entièrement à l’écart du déplacement des flux canadiens. Elle en a capté une partie mesurable, avec une hausse d’environ 1,0 milliard des exportations canadiennes. Mais son poids de 0,9 % dans les exportations totales demeure faible, et aucun document officiel ne permet encore d’attribuer cette progression directement au choc tarifaire américain.

Points à surveiller

  • La part de l’Afrique dans les exportations canadiennes en 2026, en valeur et en volume.
  • La persistance des gains dans les véhicules, l’aéronautique et l’agroalimentaire.
  • L’effet d’une stabilisation des prix de l’or et du cacao sur les importations canadiennes.
  • La publication d’une ventilation Canada–Afrique des services, des investissements et du nombre d’entreprises exportatrices.

Sources principales

Affaires mondiales Canada, Bureau de l’économiste en chef, « Highlights of Canada’s merchandise trade performance: 2025 Update », section Afrique, données douanières de Statistique Canada.

Statistique Canada, « Commerce international de marchandises du Canada, décembre 2025 ».

Statistique Canada, « Recent developments in the Canadian economy: Spring 2026 », données sur les exportations américaines et non américaines, avec et sans métaux précieux.

Une erreur ? Signaler une correction

À lire ensuite

  1. Après le conflit, le long terme

  2. Ottawa élargit les droits aériens avec la Côte d’Ivoire pour ouvrir son corridor commercial

  3. Canada-Côte d’Ivoire: FinDev engage 40 M€ dans NSIA Banque

Le Brief · Chaque semaine · Gratuit

Le signal avant les autres.

Les décisions de la semaine sur le corridor Canada-Afrique, en français, avec leur portée pour le capital et la diplomatie.

Confirmation par courriel. Désinscription en un clic.
Confidentialité