Trois aéroports en une journée
Le 23 septembre, les forces du Front populaire de libération du Tigré (TPLF) ont pris le contrôle des aéroports de Mekele, la capitale régionale, et de Shire. Axoum serait aussi tombé. Ethiopian Airlines a suspendu ses vols vers les trois villes. À l’aéroport Alula Aba Nega de Mekele, gardé par une poignée de policiers fédéraux, un employé raconte à l’AFP que son superviseur a fait rebrousser chemin à la navette du personnel.
Dans un communiqué publié sur Facebook, l’administration régionale dit répondre à des « bombardements intensifs » lancés mardi par l’armée fédérale, avec « avions, drones et artillerie ». Ses forces, écrit-elle, sont « entrées dans une guerre défensive » contre une « invasion génocidaire ». L’AFP n’a pas pu vérifier ces attaques. Getachew Reda, ancien dirigeant du TPLF devenu conseiller du premier ministre Abiy Ahmed, accuse au contraire le Front d’avoir lancé une « offensive totale ».
Jeudi, le vice-président du TPLF, Amanuel Assefa, a été plus direct. « Nous sommes désormais en situation de guerre totale », a-t-il déclaré à l’AFP. Le président du TPLF, Debretsion Gebremichael, dirigeait déjà la région pendant toute la guerre de 2020-2022. Le 5 mai, le conseil régional réactivé par le Front l’a de nouveau élu président du Tigré à la majorité, en accusant Addis-Abeba d’avoir violé l’accord de Pretoria. Des partis et des analystes éthiopiens jugent cette élection illégale.
L’Afar et l’Amhara déjà touchés
Deux humanitaires en poste en Afar ont vu les combats éclater mardi soir à Abala et à Erebti. Abala, adossée aux montagnes qui marquent la limite avec le Tigré, abritait des forces fédérales depuis plusieurs mois. Erebti se trouve une centaine de kilomètres plus loin en Afar. Un ancien haut responsable du TPLF revendique aussi Berhale, Megale, Dalul et Konoba. L’AFP n’a pas pu le confirmer.
L’offensive porte une nouvelle signature. Dimanche, le TPLF a annoncé une alliance avec six autres groupes armés, baptisée Alliance pour la survie. On y trouve une milice afar, les Fano de l’Amhara, autrefois alliés d’Addis-Abeba, et des groupes des régions Oromia et Somali. Son objectif affiché est de renverser le gouvernement d’Abiy Ahmed. Addis-Abeba accuse l’Érythrée de la financer.
Pretoria, un accord à bout de souffle
L’accord de cessation des hostilités, signé à Pretoria le 2 novembre 2022 sous l’égide de l’UA, avait mis fin à deux ans de guerre. Selon des estimations de l’Union africaine, ce conflit a fait environ 600 000 morts. Près d’un million de personnes restent déplacées. Les dirigeants tigréens reprochent au gouvernement de ne pas avoir tenu ses engagements, notamment sur les territoires disputés avec l’Amhara.
Les derniers mois ont préparé l’explosion. Addis-Abeba a multiplié les frappes de drones sur Mekele et le sud du Tigré. Lundi, une frappe a détruit un convoi d’aide alimentaire de Catholic Relief Services. Le gouvernement fédéral garde un net avantage aérien, après avoir relancé sa production de drones depuis la dernière guerre.
L’UA et Washington montent au créneau
Le président de la Commission de l’UA, Mahmoud Ali Youssouf, appelle à « la plus grande retenue » et à la cessation immédiate de toute escalade. Il juge que la prise des aéroports civils contredit les engagements de Pretoria. Il a demandé à Olusegun Obasanjo, ancien président du Nigeria et haut représentant de l’UA pour la Corne, de s’engager « d’urgence » auprès des parties.
L’ambassade des États-Unis à Addis-Abeba se dit « déçue » par la « mauvaise décision » des dirigeants du TPLF, déjà sanctionnés par Washington cette année. Elle rappelle que les États-Unis disposent d’outils pour sanctionner d’autres responsables.
Le risque d’un incendie régional
Le danger dépasse l’Éthiopie. L’Érythrée, alliée d’Addis-Abeba pendant la guerre de 2020-2022, soutient désormais le TPLF, tandis qu’Abiy Ahmed a laissé entendre qu’il pourrait prendre de force un port érythréen sur la mer Rouge. Au Soudan voisin, l’Éthiopie aurait fourni bases et armes aux Forces de soutien rapide, alors que le TPLF entretient des liens avec l’armée soudanaise. « Difficile d’exagérer à quel point cela pourrait mal tourner pour la région », prévient Alan Boswell, de l’International Crisis Group.


