Un fauteuil vide à New York
Abdel Fattah al-Burhan devait monter à la tribune le 24 septembre. Il n’a pas pu quitter Port-Soudan. Le 22 septembre, Reuters a révélé que Washington retenait son visa. Un diplomate soudanais et un analyste occidental relient ce blocage à une condition précise : accepter la trêve de 90 jours proposée par Massad Boulos, conseiller principal américain pour les affaires arabes et africaines. L’AFP, citant deux sources diplomatiques, confirme le refus.
Le département d’État n’a pas commenté le visa. Son porte-parole, Tommy Pigott, a en revanche affirmé que ni l’armée, ni les Forces de soutien rapide (FSR), ni leurs chefs « ne représentent une gouvernance légitime et constitutionnelle ». Washington entend « augmenter le coût de la poursuite du conflit » pour tous les belligérants et les réseaux qui les alimentent.
L’ambassadeur du Soudan à l’ONU, Al-Harith Idriss Al-Harith, a écrit à António Guterres pour réclamer son « intervention immédiate ». Le porte-parole du secrétaire général, Stéphane Dujarric, s’est dit « profondément préoccupé » et a rappelé aux États-Unis leurs obligations de pays hôte. C’est finalement le ministre des Affaires étrangères, Mohieldin Salem, qui conduit la délégation.
Khartoum dénonce une pression politique
La réplique soudanaise est venue mercredi. Toute initiative de paix, écrit le ministère des Affaires étrangères, doit respecter « la souveraineté, l’unité et l’intégrité territoriale » du pays et traiter la « racine » de la guerre, à commencer par « l’ingérence étrangère négative ».
Le fond du différend n’a pas changé. Burhan refuse les cessez-le-feu imposés de l’extérieur. Il estime que les pauses précédentes ont surtout profité aux FSR. Depuis avril 2023, la guerre a chassé environ 13 millions de personnes de chez elles, et plus de 33 millions ont besoin d’aide humanitaire.
L’embargo, l’autre bataille
La querelle du visa masque un combat plus lourd, au Conseil de sécurité. Le 11 septembre, les quinze membres ont adopté à l’unanimité la résolution 2828. Elle prolonge d’un mois seulement le régime de sanctions créé en 2005, embargo sur les armes compris, et le mandat du Groupe d’experts jusqu’au 9 novembre.
Washington veut davantage. Aujourd’hui limité au Darfour, l’embargo devrait selon lui couvrir « l’ensemble du territoire soudanais ». Les critères de sanction s’étendraient aux violences sexuelles liées au conflit, aux enlèvements contre rançon et aux attaques contre le personnel humanitaire. « Un renouvellement technique de long terme n’est pas une option », a prévenu la mission américaine.
La Russie ne laissera pas passer « le moindre élargissement ». La Chine met en garde contre « l’adoption forcée de textes clairement litigieux ». Le délégué soudanais juge qu’un embargo viole l’article 51 de la Charte, qui garantit la légitime défense. Le Royaume-Uni soutient Washington. À New York, le ministre britannique des Affaires étrangères, Ed Miliband, a résumé : « un simple renouvellement ne suffit pas ». Les frappes de drones ont tué plus de 1 000 civils entre janvier et mai.
L’Union africaine cherche sa place
Mardi, le président de la Commission de l’UA, Mahmoud Ali Youssouf, a coprésidé avec les États-Unis une réunion du Quad et du Quintette sur le Soudan, la première à réunir les deux formats. Trois priorités en sont sorties : une trêve humanitaire, la cessation des hostilités et un dialogue « mené par les Soudanais ». Youssouf a aussi exigé la fin du soutien militaire extérieur qui alimente la guerre.
Le calendrier est désormais serré. Le Conseil doit trancher avant l’expiration de la prolongation d’un mois. Le passage humanitaire d’Adré, à la frontière tchadienne, arrive lui aussi à échéance ce mois-ci selon Londres. Entre un visa bloqué et un embargo contesté, Washington joue la pression. Rien ne dit encore qu’elle rapprochera Burhan de la table.


