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Afrique de l'Ouest

Nigeria : la banque centrale baisse son taux de 350 points, sans renoncer à la rigueur

La Banque centrale du Nigeria a ramené son taux directeur de 26,5 % à 23 % le 22 septembre, sa plus forte baisse depuis 2006 selon Nairametrics. Son gouverneur, Olayemi Cardoso, parle d'une « remise à zéro » technique et non d'un assouplissement. Les chiffres qui justifient la décision sont solides. Les obstacles qui freinent l'économie réelle restent entiers.

Siège de la Banque centrale du Nigeria à Abuja, photographié en 2017. Image d'archive, sans lien avec la réunion de septembre 2026. Photo : GodwinPaya / Wikimedia Commons, CC BY-SA 4.0.

Olayemi Cardoso a bien annoncé une baisse du taux directeur. Le gouverneur de la Banque centrale du Nigeria l’a présentée comme un « reset » opérationnel plutôt que comme un changement d’orientation monétaire.

À l’issue de la 307e réunion du Comité de politique monétaire, tenue les 21 et 22 septembre à Abuja en présence de ses onze membres, la Banque centrale du Nigeria (CBN) a abaissé son taux directeur de 350 points de base. Il passe à 23 %, son niveau le plus bas depuis 31 mois, selon BusinessDay.

« Les fondamentaux ont changé », a déclaré le gouverneur. « Nous sommes en situation de stabilité macroéconomique. »

Réparer la transmission

Le problème que la CBN veut corriger est technique, mais il touche chaque entreprise nigériane qui emprunte. « Les taux auxquels fonctionne le marché interbancaire sont déconnectés du taux directeur », a reconnu Olayemi Cardoso. Autrement dit, le signal de la banque centrale ne se rendait plus jusqu’au crédit.

D’où la seconde décision, moins visible. Le corridor autour du taux directeur a été recalibré à +50 et -300 points de base. Le coefficient de réserves obligatoires des banques commerciales reste, lui, à 45 %, un niveau très élevé qui continue d’immobiliser une large part des dépôts.

Le comité insiste : ce recalibrage « ne constitue pas un changement de l’orientation actuelle de la politique monétaire ». Il s’agit de préparer la transition vers un régime de ciblage de l’inflation.

Les chiffres derrière la décision

L’inflation a ralenti pour le troisième mois consécutif, à 15,39 % en août contre 15,43 % en juillet. L’inflation alimentaire est tombée à 19,57 % et l’inflation sous-jacente à 13,29 %, contre 14,97 % un mois plus tôt. La moyenne mobile sur douze mois recule depuis vingt mois.

La croissance accélère. Le PIB réel a progressé de 4,43 % au deuxième trimestre, après 3,89 % au premier, avec une hausse de 7,31 % dans le secteur pétrolier et de 4,31 % hors pétrole. L’indice composite des directeurs d’achat s’établit à 52,7.

Côté extérieur, les réserves brutes de change atteignaient 55,25 milliards de dollars au 18 septembre. C’est leur plus haut niveau depuis dix-huit ans, soit environ 11,3 mois d’importations de biens et de services.

Un geste rare dans l’histoire de la CBN

Pour trouver une baisse plus forte, il faut remonter à décembre 2006. Sous le gouverneur Charles Soludo, le taux avait alors été ramené de 14 % à 10 %, soit 400 points. La dernière baisse agressive comparable date de juillet 2009, avec 200 points.

Le contraste avec les dernières années est net. La CBN a mené une politique de resserrement brutal pour briser l’inflation et stabiliser le naira. Elle estime aujourd’hui avoir assez de marge pour réparer les mécanismes sans abandonner sa ligne.

Ce que la baisse ne règle pas

Les milieux d’affaires ont salué la décision. Muda Yusuf, directeur général du Centre pour la promotion de l’entreprise privée (CPPE), la juge opportune au regard de la trajectoire de l’inflation et du coût d’un environnement monétaire très restrictif.

Il prévient pourtant que la baisse des taux ne suffira pas. Les coûts de l’énergie, les goulets logistiques, l’insécurité, les contraintes de production alimentaire et le déficit d’infrastructures relèvent de réformes budgétaires et structurelles.

La CBN signale elle-même deux risques pour la suite : la persistance des tensions au Moyen-Orient et les dépenses liées au cycle électoral. Ses prochaines décisions resteront « dépendantes des données ».

Pour les investisseurs étrangers, le message est double. Le Nigeria redevient lisible sur le plan monétaire. Le coût du capital, lui, reste élevé, et c’est dans l’économie réelle que se jouera la crédibilité du « reset ».

À retenir

  1. 01Taux directeur ramené de 26,5 % à 23 %, plus forte baisse depuis 2006 selon Nairametrics.
  2. 02Inflation à 15,39 % en août, croissance à 4,43 % au 2e trimestre, réserves à 55,25 G$.
  3. 03La CBN parle d'un « reset » technique, pas d'un assouplissement.

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