Le 22 août 2026, Mark Carney a refusé les dernières conditions commerciales de Washington et rappelé les négociateurs canadiens à Ottawa. Au-delà de la riposte tarifaire, le fait politique est ailleurs : provinces, conservateurs et NPD ont suspendu leurs différends pour soutenir le refus d’un accord jugé contraire à la souveraineté canadienne.
OTTAWA. À minuit, les États-Unis ont appliqué des droits de douane de 50 % sur environ 20 milliards de dollars de produits canadiens. Quelques heures plus tard, Mark Carney a transformé une rupture commerciale en moment national. Le Canada répondra au dollar près à compter du 8 septembre : acier, produits laitiers, équipements agricoles, papier, appareils ménagers et électronique figurent parmi les secteurs visés.
Carney a expliqué que les nouvelles conditions américaines réduisaient les gains du Canada, limitaient sa capacité à conclure des accords avec d’autres pays et touchaient à la protection du français, de la culture et de la souveraineté. Ottawa avait accepté de discuter des tarifs. Pas de son indépendance. « Les nouveaux tarifs imposés par les États-Unis ont pour but de nuire à notre économie et de semer la division parmi nous », a-t-il déclaré.
Un front commun des provinces et des partis
En Ontario, le progressiste-conservateur Doug Ford a approuvé le retrait des négociations. « Nous avons besoin que tous les premiers ministres du pays se battent comme ils ne se sont jamais battus auparavant », a-t-il déclaré, selon La Presse canadienne, diffusée par CityNews. Il a qualifié l’offre de mauvaise pour l’automobile, l’acier et l’industrie manufacturière.
En Colombie-Britannique, le néo-démocrate David Eby a choisi la fermeté : « Notre politesse ne doit jamais être confondue avec de la faiblesse. Nous n’avons pas demandé cela, mais nous continuerons à nous battre aussi longtemps qu’il le faudra. » La déclaration a également été rapportée par La Presse canadienne sur CityNews Vancouver.
Au Québec, Christine Fréchette a ramené l’unité nationale au coût concret : les nouveaux tarifs frapperont 7,7 milliards de dollars de biens québécois. « Le Québec est en fait le plus touché par ces tarifs depuis le début de cette guerre commerciale », a-t-elle déclaré aux journalistes. Elle a annoncé des programmes d’aide aux entreprises et appelé les Québécois à acheter local.
À Ottawa, la convergence est tout aussi nette. Pierre Poilievre a dénoncé des tarifs américains injustifiés menaçant les emplois et les familles, puis soutenu les mesures protégeant les industries canadiennes. Le NPD a jugé qu’accepter l’offre américaine aurait affaibli les travailleurs, la capacité réglementaire et la souveraineté.
Un choix assumé, un coût chiffré
Refuser l’accord n’est ni symbolique ni gratuit. Depuis l’accord de libre-échange de 1989, près des trois quarts des exportations canadiennes de biens prennent la direction des États-Unis, dont l’économie est environ dix fois plus grande. Carney a reconnu que la riposte augmenterait les prix et réduirait le choix offert aux Canadiens. Royal Bank of Canada estime que les nouvelles mesures touchent directement environ 0,4 % du produit intérieur brut, car elles couvrent près de 5 % des exportations canadiennes vers les États-Unis.
Carney a toutefois relié la résistance à une stratégie : le Canada a signé plus de 20 accords commerciaux et sécuritaires sur cinq continents en un an, donnant à ses entreprises un accès sans droits de douane à 1,5 milliard de consommateurs. Ottawa veut doubler ce nombre grâce à l’Inde et aux pays de l’ANASE, puis renforcer ses relations avec l’Union européenne.
Le gouvernement affirme avoir supprimé les obstacles fédéraux au commerce intérieur et engage 25 milliards de dollars pour soutenir les travailleurs et les entreprises exposés aux tarifs. Le message est précis : acheter canadien, produire canadien, déplacer plus librement les compétences et les marchandises à l’intérieur du pays. Washington voulait tester la division canadienne. Il a trouvé un pays capable de faire bloc.


