Le ministère des Finances a annoncé, le 20 août 2026, que le Comité des créanciers officiels jugeait conforme, « à ce stade », l’accord destiné à remplacer l’euro-obligation éthiopienne en défaut de 1 milliard de dollars par un nouveau titre de 880 millions : le verrou officiel est levé, mais la restructuration n’est pas achevée.
ADDIS-ABEBA. La conclusion figure dans une lettre datée du 31 juillet adressée à Ahmed Shide, ministre éthiopien des Finances, par Yang Jing et Thomas Revial, coprésidents chinois et français du Comité des créanciers officiels. L’Éthiopie « accueille favorablement » cette évaluation, selon le ministère, et peut poursuivre l’exécution financière. L’accord de principe avait été conclu le 29 juin avec un comité ad hoc représentant environ 45 % des détenteurs de l’euro-obligation à 6,625 % échue en décembre 2024.
La restructuration n’est pas achevée : il reste à finaliser les clauses non financières et la documentation, puis à lancer une offre d’échange. Aucun avis public consulté au 22 août ne confirme le règlement de l’opération.
120 millions de principal effacés
Le nouveau titre aurait une valeur nominale de 880 millions de dollars : une réduction de 120 millions, soit 12 % de l’obligation initiale. Le remboursement serait réparti entre 180 millions en 2026, 100 millions en 2027, 300 millions en 2028 et 300 millions en 2029. Le taux passerait de 6,625 % à 6,15 %. Le bénéfice immédiat vient surtout de la réduction du principal et de son étalement, pas d’une chute du coût annuel de l’argent. Le calendrier publié devra toutefois être confirmé ou ajusté : le premier paiement de principal (15 juillet 2026) et le premier coupon (1er juillet) sont passés sans annonce publique confirmant l’échange.
Les créanciers récupèrent les arriérés
L’Éthiopie paierait intégralement, au règlement, trois coupons impayés totalisant 99,375 millions de dollars. Les investisseurs recevraient en plus une commission de consentement de 0,5 % du nominal d’origine, soit 5 millions de dollars. Le comité ad hoc obtiendrait 10 millions de commission de travail, ses frais de conseil étant déduits au prorata de la contrepartie versée au règlement. White & Case et Lazard conseillent l’Éthiopie; Weil, Gotshal & Manges et Ankura Sovereign Advisors accompagnent le comité. Le principal perd 12 %, mais les arriérés d’intérêts sont préservés : l’accord n’est pas un simple effacement de dette.
Un droit sur le prochain eurobond
Le mécanisme le plus sensible est le « New Money Warrant » : le droit, pour les détenteurs, de souscrire à une future euro-obligation éthiopienne d’un maximum de 1 milliard de dollars, sur sept ans, au coupon de 450 points de base au-dessus du rendement des bons du Trésor américain à six ans. La fenêtre d’exercice d’un an s’ouvrirait le 1er juillet 2028. L’État pourrait racheter ce droit au lieu d’émettre la future obligation, à un coût fixé par un agent indépendant et plafonné à 9 % du montant notionnel, soit 90 millions de dollars.
Yang Jing et Thomas Revial posent leurs limites
Le Comité estime l’accord conforme, à ce stade, au principe de comparabilité de traitement et le mémorandum signé avec l’Éthiopie en juillet 2025 (environ 8,4 milliards de dollars de créances, plus de 3,5 milliards d’allégement attendu). Mais l’effort des détenteurs reste « relativement faible », avertissent-ils, et pourrait encore être réduit par l’exercice du warrant. Si cet instrument accorde des avantages excessifs aux investisseurs, le comité se réserve le droit d’ajuster son propre traitement de dette pour obtenir une compensation proportionnelle. Un premier accord de janvier 2026 avait été abandonné après son rejet par les créanciers officiels au nom de ce principe.
Ce qui décidera du résultat
La restructuration soutient un programme distinct du FMI : facilité de 3,4 milliards de dollars approuvée en juillet 2024, dont les décaissements cumulés atteignent 2,647 milliards après les quelque 464 millions autorisés le 1er juillet 2026. Quatre signaux trancheront : clauses non financières, offre d’échange avec échéancier actualisé, taux d’adhésion des détenteurs et absence d’avantage excessif sur le warrant. Tant que ces étapes manquent, 880 millions de dollars restent une proposition validée, pas encore une dette restructurée.


