Le 27 juillet 2026 à Abuja, le Nigeria et l’Afrique du Sud ont convenu d’apaiser les tensions publiques et de poursuivre les auteurs des attaques visant des ressortissants étrangers. Abuja recense les pertes déclarées par des Nigérians pour fonder de futures demandes d’indemnisation. Aucun calendrier public n’a été annoncé pour les poursuites, le mécanisme d’alerte demandé ou l’examen des indemnisations.
Une mission sud-africaine reçue à Abuja
Ronald Lamola, ministre sud-africain des Relations internationales et de la Coopération, est venu à Abuja comme envoyé spécial du président Cyril Ramaphosa, dont il a remis un message officiel au président nigérian Bola Tinubu. Celui-ci a chargé une délégation gouvernementale de mener les discussions.
La rencontre s’est tenue au ministère nigérian des Affaires étrangères sous la conduite de Sola Enikanolaiye, ministre d’État. Les échanges ont porté sur les attaques visant des étrangers, les opérations de police, la situation migratoire et les accusations de criminalité visant certains ressortissants nigérians.
À l’issue des discussions, Enikanolaiye a déclaré que Pretoria s’était engagée à traduire en justice les auteurs des attaques. Le Nigeria a demandé un système d’alerte précoce, une présence policière renforcée dans les zones exposées et des mesures de protection supplémentaires, et les deux gouvernements ont convenu de modérer leurs déclarations publiques.
Abuja avance un bilan de 98 morts depuis 2022
Enikanolaiye a affirmé que 98 Nigérians avaient été tués depuis 2022 dans des violences collectives ou des attaques motivées par la haine. Ce chiffre vient du gouvernement nigérian et n’a pas été confirmé par un décompte commun aux deux pays.
Dans un communiqué publié en juillet, le ministère nigérian des Affaires étrangères a notamment cité deux morts survenues le 28 juin : Emeka Charles Iroegbu, que les autorités nigérianes attribuent à des agents de la police métropolitaine de Tshwane à Pretoria, et Musa Yunana Joe, tué devant son commerce à Witbank par des assaillants non identifiés.
Le document mentionne aussi la mort de Nnaemeka Mathew Andrew Ekpenyong, remontant au 20 avril, que les autorités nigérianes attribuent à des agents de la même police métropolitaine. Aucune arrestation n’avait encore été effectuée dans cette affaire, selon elles.
Le gouvernement sud-africain conteste toute politique officielle visant les étrangers. Lamola a condamné la xénophobie, les violences et les contrôles d’identité menés par des groupes civils, affirmant que les opérations de maintien de l’ordre relevaient exclusivement de l’État. Des arrestations ont eu lieu, selon lui, sans que leur nombre soit précisé.
Pretoria invoque la criminalité et le droit migratoire
La délégation sud-africaine a aussi présenté ses griefs : selon Pretoria, plus de 500 ressortissants nigérians avaient été pris en charge par la justice sud-africaine pour diverses infractions au 7 juillet 2026, sans que le communiqué précise le nombre de condamnations ni le détail des dossiers.
Lamola a cité des accusations liées au trafic de drogue, à la fraude financière, à la cybercriminalité et à l’occupation illégale d’immeubles. Il a soutenu que les procédures visaient des comportements individuels et non l’ensemble de la diaspora nigériane.
La délégation nigériane a reconnu que les infractions devaient être poursuivies, tout en demandant le respect des garanties constitutionnelles, du droit à un procès équitable et d’un traitement humain des détenus.
Deux bilans officiels différents
Les violences anti-migrants ont provoqué des retours volontaires vers le Nigeria. Le ministère nigérian des Affaires étrangères a annoncé 1 490 personnes rapatriées sur sept vols entre le 11 juin et le 15 juillet, contre 1 516 pour la NEMA sur les mêmes vols. L’écart de 26 passagers porte sur les troisième, quatrième et cinquième vols, sans réconciliation publique.
Un autre groupe de 83 Nigérians est arrivé à Lagos le 19 août à bord d’un vol de South African Airways, les billets ayant été financés par des particuliers. Total cumulé annoncé : 1 573 à 1 599 retours.
La déclaration sud-africaine du 27 juillet mentionne des enquêtes en cours et des arrestations, sans liste de dossiers, échéance judiciaire ni mécanisme d’indemnisation. Au 22 août, le Nigeria n’avait publié ni le nombre de demandes de réparation recensées ni leur valeur totale : les deux indicateurs à surveiller.


