LUSAKA. Hakainde Hichilema a obtenu 60,49 % des voix et un deuxième mandat. Mais le Christian Churches Monitoring Group affirme que des votes ont été ajoutés dans 30 circonscriptions. Son propre comptage confirme pourtant la victoire du président : pour la Zambie, ce double constat transforme un résultat net en test institutionnel, au moment où le pays doit consolider sa dette et attirer de nouveaux capitaux miniers.
Trois dates résument la séquence : le 13 août, les Zambiens votent ; le 18 août, la Commission électorale proclame Hichilema vainqueur ; le 21 août, la police convoque son principal adversaire, Brian Mundubile, dans une enquête liée à la sécurité nationale. Entre les trois, le dépouillement a été suspendu plusieurs heures, onze responsables de l’opposition ont été arrêtés et un contrôle indépendant a mis en cause les chiffres de 30 des 226 circonscriptions.
1,1 million de voix d’écart
Les résultats officiels attribuent 2 965 326 voix à Hichilema (UPND) contre 1 856 217 à Brian Mundubile : un écart de 1 109 109 voix, soit 60,49 % contre 37,87 %. Hichilema franchit largement le seuil de 50 %. Le contrôle parallèle du CCMG en confirme l’issue, mais pas l’ampleur.
Le vainqueur confirmé, les chiffres contestés
Le CCMG a déployé 1 500 observateurs dans un échantillon représentatif de bureaux de vote. Son estimation place Hichilema à 56,0 % (marge de 1,7 point) et Mundubile à 42,3 % : même au bas de la fourchette, le président sortant conserve la majorité absolue. Le total officiel de Hichilema se trouve hors de cette estimation : le CCMG affirme que des voix ont été ajoutées dans 30 circonscriptions, augmentant artificiellement la participation et le score de l’UPND, et demande que les résultats reflètent les bulletins effectivement déposés.
Le CCMG ne donne pas Mundubile vainqueur : il confirme la réélection de Hichilema tout en mettant en cause l’intégrité d’une partie de l’agrégation officielle.
Le recours rencontre l’appareil sécuritaire
Mundubile a annoncé qu’il contesterait le résultat devant la Cour constitutionnelle, dans un délai de sept jours après la proclamation (la juridiction disposant de quatorze jours pour examiner la pétition). Le 21 août, la police a convoqué Mundubile et son colistier Makebi Zulu pour un présumé complot contre la sécurité nationale, des accusations que Mundubile qualifie de fabrication. Onze figures liées à l’opposition ont été arrêtées ; l’ancien ministre Mutotwe Kafwaya a été tué lors d’un échange de tirs. La police affirme avoir découvert des armes et enquêter sur un projet d’insurrection, sans preuves rendues publiques selon Reuters. Le Haut-Commissaire des Nations unies aux droits de l’homme, Volker Türk, a demandé le respect des garanties judiciaires des personnes détenues.
Une compétition réelle sur un terrain inégal
La mission d’observation de l’Union européenne décrit une élection compétitive sur un terrain inégal : usage de ressources publiques, interventions policières jugées disproportionnées, domination du président dans les médias d’État, pauses prolongées pendant la compilation des résultats. Ces observations ne renversent pas le résultat, mais elles alourdissent le coût d’une réponse incomplète aux 30 circonscriptions signalées.
Le cuivre remet le risque politique au bilan
Pour les investisseurs, le FMI estime la dette publique zambienne soutenable après restructuration, mais exposée à un risque élevé de détresse (94 % du périmètre couvert en mai 2026). La croissance dépend d’une hausse de la production minière, d’un approvisionnement électrique plus fiable et d’une discipline budgétaire durable : le cuivre relie les trois. Un second mandat stable peut prolonger les réformes ; une contestation mal traitée fragilise la lisibilité institutionnelle au moment où Lusaka cherche à convertir son redressement financier en investissements productifs.
Hichilema a gagné, le CCMG le confirme. La décision qui compte maintenant est celle des institutions zambiennes : expliquer les 30 circonscriptions, protéger le recours et séparer la justice électorale de l’enquête sécuritaire. La majorité est acquise ; la crédibilité reste à défendre.



