Promulgué le 20 juillet 2026, le Plan de développement 2026-2030 place l’exécution des projets publics au centre de la stratégie tunisienne. À la tête du gouvernement depuis mars 2025, Sarra Zaafrani Zenzri doit convertir une planification territoriale inédite en infrastructures, emplois et capacité productive.
TUNIS. Le 20 juillet 2026, la Tunisie a promulgué la loi n° 2026-16 approuvant son Plan de développement 2026-2030. Le texte encadre son principal chantier. Pour la cheffe du gouvernement, ce plan « marque un tournant national décisif, rompant avec les politiques précédentes ». Reste à transformer cette ambition en réalisations.
Une ingénieure à la tête du gouvernement
Née en 1963, Sarra Zaafrani Zenzri est ingénieure en génie civil. Sa carrière s’est construite au ministère de l’Équipement, entre routes, habitat et grands ouvrages. Nommée ministre de l’Équipement et de l’Habitat en octobre 2021, elle a conservé ce portefeuille sous les gouvernements de Najla Bouden, Ahmed Hachani et Kamel Maddouri. Le 21 mars 2025, le président Kaïs Saïed l’a choisie pour remplacer Maddouri : elle est devenue la deuxième femme à diriger le gouvernement tunisien, après Najla Bouden.
Dès sa première réunion ministérielle, elle a demandé d’accélérer les réformes économiques et les projets publics bloqués. Son gouvernement a organisé la préparation du plan quinquennal selon une démarche ascendante présentée comme une première en Tunisie : les priorités ont été formulées au niveau local, agrégées par les régions et les districts, puis intégrées au national.
35 435 propositions, 90,6 % à caractère local
En juillet 2025, la présidence du gouvernement recensait 3 317 séances tenues par 279 conseils locaux, 154 réunions conduites par 24 conseils régionaux et 12 rencontres de conseils de districts. Ce processus avait produit 35 435 propositions de projets, dont 90,6 % à caractère local. La méthode vise à corriger la centralisation des choix d’investissement. Elle crée aussi une contrainte : trier, financer et exécuter des milliers de demandes sans disperser les ressources.
Le gouvernement l’a reliée à ses arbitrages budgétaires. Le budget économique 2026 a été présenté comme premier instrument d’application du plan. Les crédits consacrés à l’investissement public sont passés de 4,7 milliards de dinars en 2023 à 6,5 milliards en 2026, soit une hausse proche de 38 %. L’exécutif veut employer cette enveloppe pour soutenir la croissance, l’emploi et les services publics. Mais la hausse des crédits ne garantit pas les réalisations : le verrou tunisien reste la capacité administrative à faire avancer les dossiers.
Les chantiers sous suivi direct
Zaafrani Zenzri a placé plusieurs dossiers sous suivi direct. En janvier 2026, une commission supérieure a examiné l’interconnexion électrique ELMED entre la Tunisie et l’Italie ainsi que l’usine de triple superphosphate raffiné Mdhilla 2. En février, le gouvernement a demandé d’engager les procédures du port en eaux profondes d’Enfidha et d’avancer par tranches fonctionnelles. La reconstruction du stade d’El Menzah, la ville numérique d’Ennahli, deux hôpitaux régionaux à Nefta et Sbeitla, le barrage Essaida et une route frontalière à Kasserine figurent aussi parmi les dossiers suivis.
Le 20 juin 2026, le gouvernement a rendu obligatoire l’inscription de tous les projets publics sur une plateforme nationale de suivi, dotée d’une interface d’alerte précoce destinée à détecter les blocages. Cette décision donne à la méthode Zenzri son instrument de contrôle : mesurer l’écart entre les calendriers annoncés et les travaux livrés.
Le plan a franchi les deux chambres : l’Assemblée des représentants du peuple l’a adopté le 10 juillet 2026, puis le Conseil national des régions et des districts le 17 juillet, par 56 voix contre 6 et 5 abstentions. Le pouvoir reste concentré à Carthage : les communiqués rattachent le plan à la vision de Kaïs Saïed. À l’Assemblée, le député Mohamed Ali, opposé au texte, a formulé une réserve : « La reddition des comptes se fait sur les résultats. »
La Tunisie a désormais sa loi, ses projets et son dispositif de suivi. Le critère est fixé : marchés attribués, financements sécurisés, chantiers ouverts et ouvrages achevés. Le mandat de l’ingénieure se jugera sur le terrain.



