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Opinion

Du brut au carburant : l’Afrique centrale peut boucler la boucle

La Banque africaine de développement invite l'Afrique centrale à bâtir une raffinerie commune. Vu de Brazzaville, c'est l'occasion de transformer un héritage pétrolier en projet d'avenir, et le Congo a de quoi en être un pilier.

Illustration : TAP

À Pointe-Noire, le brut quitte le terminal à bord de tankers et revient, quelques semaines plus tard, sous forme d’essence et de gazole après un long détour par d’autres continents. Pendant des décennies, l’économie pétrolière du golfe de Guinée s’est organisée autour d’un geste, exporter : raffiner sur place, à l’échelle d’une région entière, n’a jamais été le cœur du modèle. Un héritage que la Banque africaine de développement invite à transformer.

Ce que dit la BAD, et pourquoi maintenant

Le 23 septembre 2026, la Banque africaine de développement a publié ses Perspectives économiques en Afrique centrale 2026 : selon Ecomatin, elle recommande aux six pays de la CEMAC et à la RDC une raffinerie conjointe de grande envergure pour réduire la dépendance régionale en carburants.

La banque cite un précédent récent : le 23 avril 2026, l’Afrique de l’Est a annoncé sa méga-raffinerie commune, avec l’appui du groupe Dangote.

Une partie de ses carburants transite par le Moyen-Orient et le détroit d’Ormuz, où passe 20 % du trafic mondial. Selon les pays de la zone, la part du Moyen-Orient dans ces importations va de moins de 10 % à près des deux tiers. Quand cette région se tend, le baril grimpe sans que les producteurs d’Afrique centrale y gagnent, montre la BAD : le surplus des recettes d’exportation est « mécaniquement annulé » par la hausse du fret et des produits importés. Pour 2026, elle estime le coût régional à 0,4 point de croissance et 0,6 point de PIB sur les budgets.

Ce qui est déjà en marche

Au Congo, la Congolaise de raffinage (Coraf) montre ce qu’un outil industriel bien mené accomplit : au premier trimestre 2026, sa production a progressé de 23,6 % sur un an et ses ventes ont atteint 69,1 milliards de FCFA, selon une note de la Direction générale de l’économie reprise par Tribune Eco le 8 juillet. Derrière ces chiffres : techniciens, ingénieurs, une culture du raffinage patiemment construite à Pointe-Noire.

Brut, port en eau profonde, façade atlantique ouverte sur le golfe de Guinée : le Congo a de vraies cartes à poser sur la table commune. La région possède aussi son épargne : en mai 2026, cinq banques locales ont signé 120 milliards de FCFA pour un projet de raffinerie à Kribi, au Cameroun, preuve que la finance de la zone sait accompagner une infrastructure lourde. La BAD promet son appui. Les pièces du puzzle existent, reste à les assembler.

Un projet à la mesure de la région

Une raffinerie commune CEMAC-RDC signalerait une Afrique centrale qui transforme elle-même ce qu’elle produit, en reliant les deux rives du fleuve dans un même projet industriel.

Des produits raffinés circulant par le fleuve, le rail et la route plutôt que traverser les océans. Des emplois qualifiés pour une jeunesse formée et impatiente. Des prix moins exposés aux tempêtes lointaines. Et une voix plus forte dans les grandes négociations énergétiques du siècle.

Le chemin se dessine : arrêter le site et le coût, que la BAD reconnaît devoir encore préciser ; mobiliser l’épargne de la zone ; s’appuyer sur la banque panafricaine ; sécuriser des engagements d’achat entre États, pour que chacun soit servi. Un projet de cette taille gagne à reposer sur plusieurs piliers de financement.

Le Congo, avec son expérience du raffinage et sa position atlantique, peut en être l’un de ces piliers : apporter à la région ce qu’il a déjà bâti, et le faire grandir avec elle. Pendant des décennies, l’Afrique centrale a appris à exporter son pétrole. La décennie qui s’ouvre peut être celle où elle apprend à le transformer, ensemble.

Le Dr Junior Biangué est docteur en marketing de services de l’Université Lille 1. Sa thèse, intitulée « Servuction et marketing de services », a été soutenue le 6 juin 2016 avec la mention honorable. Consultant auprès de l’Assemblée nationale du Congo en 2022, il a aussi travaillé dans le marketing en France. Basé à Brazzaville, il est le relais terrain de The Atlantic Post en Afrique centrale.

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